Quelqu’un tape « liste EPIS » un dimanche soir. Il tombe sur des pages qui expliquent ce qu’est le registre, comment s’y inscrire, ce qu’il bloque. Aucune ne répond à sa question. Il voulait simplement voir la liste.
Cette recherche revient des centaines de fois par mois en Belgique, sous une forme ou une autre. Et elle repose sur un malentendu que personne ne prend la peine de lever.
La liste EPIS n’est consultable par personne. Ni par vous, ni par un employeur, ni par un journaliste, ni par un opérateur qui voudrait savoir qui s’y trouve. Cet article explique ce qu’elle est réellement, les cinq façons d’y figurer, et pourquoi son inaccessibilité est précisément ce qui la rend utile.

Un registre, pas un annuaire
L’EPIS existe depuis 2004 et a fêté ses vingt ans en 2024. Il est tenu par la Commission des jeux de hasard, qui le met à jour en continu.
Le mot « liste » induit en erreur. Il ne s’agit pas d’un document que l’on ouvre, mais d’une base de données interrogée. Un opérateur ne consulte pas l’EPIS : il pose une question précise à son sujet, sur une personne précise, et reçoit une réponse binaire. Autorisé, ou pas.
Personne, à aucun moment, ne voit qui d’autre y figure.
Le dispositif protège tous les circuits en même temps, en ligne comme physique. C’est ce qui le distingue d’une exclusion maison proposée par un site, et j’ai détaillé son fonctionnement pour le joueur sur ma page consacrée au jeu responsable.
Les cinq façons d’y figurer
On imagine généralement qu’on s’inscrit soi-même. C’est une voie parmi cinq, et trois d’entre elles ne dépendent pas du tout de la personne concernée.
L’exclusion volontaire
La plus connue. Vous en faites la demande vous-même, en ligne via itsme ou un lecteur de carte, et elle prend effet dès sa réception par la Commission. Aucune justification n’est demandée.
Vous pouvez aussi désigner une personne de confiance pour vous accompagner dans la démarche : un proche, un ami, un collègue.
La demande d’un proche
Un tiers peut demander l’interdiction d’accès pour une personne en difficulté, à condition d’attester d’un intérêt personnel. La procédure est nettement plus longue, et pour une raison précise : la personne visée est convoquée et peut présenter ses arguments devant la Commission avant qu’une décision soit prise.
C’est une garantie que peu de gens connaissent. On n’inscrit pas quelqu’un à son insu.
L’exclusion liée à la profession
C’est la voie la moins connue, et la plus surprenante. Certaines professions sont inscrites d’office en raison de leur nature : magistrats, notaires, huissiers de justice et membres des services de police.
Ces personnes n’ont rien demandé et ne présentent aucun risque particulier. L’interdiction ne vise pas à les protéger mais à protéger les fonctions qu’elles exercent, en écartant toute exposition à des dettes de jeu chez celles et ceux qui décident, authentifient ou exécutent.
Une décision de justice
Une mesure judiciaire peut entraîner l’exclusion sans qu’il soit question de dépendance. La Commission cite la mise sous administration : quelqu’un dont les biens sont gérés par un tiers désigné par le juge n’a pas accès aux jeux.
Le règlement collectif de dettes
C’est la voie la plus large, et personne n’en parle. Toute personne en règlement collectif de dettes est exclue, automatiquement, en ligne comme hors ligne.
La logique est la même que pour les professions : il ne s’agit pas de constater une dépendance mais d’éviter une situation. Quelqu’un dont les dettes sont en cours d’apurement judiciaire n’a rien à faire dans un casino.
La Commission regroupe ces trois dernières voies sous le terme d’exclusions préventives : elles frappent des personnes chez qui aucune dépendance n’a été établie.
Un détail méthodologique en découle, et il explique pourquoi les chiffres publics sont délicats à lire. Une même personne peut être exclue à plusieurs titres, par exemple volontairement et au titre d’un règlement collectif de dettes. Le nombre de dossiers est donc supérieur au nombre de personnes.
Ce point à lui seul explique aussi pourquoi le registre ne peut pas être public. Une liste consultable révélerait, entre autres, l’ensemble des magistrats et des policiers du pays, et toutes les personnes en règlement collectif de dettes.
Qui interroge le registre, et à quel moment
Deux moments précis, et ils ne se ressemblent pas.
À la création d’un compte en ligne, l’opérateur vérifie votre identité puis interroge l’EPIS. Si vous y figurez, l’inscription est refusée. C’est la raison pour laquelle le dispositif ne fonctionne que sur les sites autorisés : eux seuls sont raccordés au registre. J’ai détaillé ce que cette vérification exige concrètement dans ma page sur le contrôle d’identité obligatoire depuis 2025.
À l’entrée physique d’un casino, d’une salle de jeux automatiques ou d’un bureau de paris, le même contrôle a lieu avant de vous donner accès aux jeux.
Dans les deux cas, la réponse ne dit rien de plus que autorisé ou non. L’opérateur n’apprend ni la raison de l’inscription, ni sa durée, ni qui l’a demandée.
Elle ne s’arrête pas toute seule
C’est le point le plus mal compris, et celui qu’il faut connaître avant de s’inscrire.
Une exclusion volontaire n’a pas de date de fin. Elle ne s’éteint pas au bout de six mois ou d’un an : elle court jusqu’à ce que vous demandiez vous-même son annulation. Tant que vous ne faites rien, elle reste active.
Une exclusion demandée par un proche fonctionne différemment. Elle dure au minimum un an, et ce n’est qu’après ce délai que la personne concernée peut en demander la levée.
Cette asymétrie est logique. Une exclusion qu’on s’impose soi-même peut être levée quand on le décide ; une exclusion imposée par un tiers suppose qu’on démontre que la situation a changé.
Comment on en sort, et pourquoi ça prend trois mois
La méthode dépend de la façon dont on y est entré, et l’écart entre les deux est considérable.
Pour une exclusion volontaire
Vous adressez à la Commission une lettre demandant l’annulation, signée et accompagnée d’une copie recto-verso de votre carte d’identité, par courrier recommandé.
Puis vient le délai : l’accès n’est rétabli que trois mois après. Ce n’est pas une lenteur administrative, c’est un temps de réflexion imposé, qui empêche de sortir du dispositif sur un coup de tête, un soir de tentation.
Pour une exclusion demandée par un tiers
C’est beaucoup plus exigeant. La demande doit être motivée et accompagnée de pièces justificatives : des relevés bancaires prouvant l’absence de dettes, des documents attestant d’un suivi pour un problème de jeu.
La Commission attend une démonstration sur quatre points : votre situation financière, votre capacité à limiter la part de vos revenus consacrée au jeu, votre capacité à en contrôler le temps, et le fait de considérer le jeu comme un divertissement.
Le tiers qui avait demandé l’exclusion est informé et peut répondre. Le dossier passe ensuite en séance, et vous êtes convoqué pour présenter vos arguments.
Pourquoi elle restera fermée
Revenons à la question de départ. Pourquoi ne peut-on pas la consulter ?
Parce qu’une liste de personnes interdites de jeu est, par nature, une liste de personnes en difficulté avec le jeu. La rendre visible reviendrait à exposer publiquement une fragilité que le dispositif est censé protéger.
Et parce qu’elle contient aussi, on l’a vu, des professions entières inscrites d’office.
La seule information à laquelle vous avez droit est celle qui vous concerne. Si vous pensez y figurer à tort, la Commission est le seul interlocuteur, et elle traite ce type de demande.
Autrement dit, l’inaccessibilité n’est pas un défaut du système. C’est ce qui permet à quelqu’un de demander de l’aide sans que personne ne le sache.
Questions fréquentes
Peut-on consulter la liste EPIS ?
Non, par personne. Le registre est interrogé par les opérateurs sur une personne précise, qui reçoivent une réponse binaire. Aucun opérateur, aucun tiers et aucun particulier ne peut voir qui y figure.
Comment savoir si je suis sur la liste EPIS ?
En vous adressant à la Commission des jeux de hasard. Vous avez droit à l’information vous concernant, mais à aucune autre. Un opérateur ne peut pas vous le dire, même s’il vient de refuser votre inscription.
Combien de temps dure une exclusion volontaire ?
Elle n’a pas de date de fin. Elle reste active tant que vous ne demandez pas son annulation. Une exclusion demandée par un proche, elle, dure au minimum un an.
Comment sortir de la liste EPIS ?
Par un courrier recommandé à la Commission, signé, avec une copie recto-verso de la carte d’identité. L’accès est rétabli trois mois plus tard. Si l’exclusion a été demandée par un tiers, la demande doit en plus être motivée et accompagnée de preuves.
Quelles professions sont inscrites d’office ?
Les magistrats, les notaires, les huissiers de justice et les membres des services de police. L’inscription tient à la nature de leur fonction, pas à leur comportement de jeu.
Le règlement collectif de dettes entraîne-t-il une exclusion ?
Oui, automatiquement, en ligne comme hors ligne. La Commission la classe parmi les exclusions préventives, au même titre que celles liées à la profession ou à une mesure judiciaire.
Peut-on jouer en ligne en étant sur la liste ?
Non, sur aucun site autorisé en Belgique. Les sites qui vous laisseraient jouer ne sont pas raccordés au registre, ce qui signifie qu’ils n’ont pas de licence belge. Vous les reconnaîtrez d’ailleurs dans le comparatif des opérateurs autorisés, où ils n’apparaissent pas.
Sources
- Interdiction d’accès, Commission des jeux de hasard, pour l’âge minimum et les professions inscrites d’office
- Demande volontaire d’interdiction d’accès, pour la procédure et la personne de confiance
- Demande par un tiers, pour la durée minimale d’un an et le droit de défense
- Annuler une interdiction d’accès, pour le délai de trois mois et les pièces exigées
- En chiffres, pour les exclusions préventives et le règlement collectif de dettes
- Note d’un opérateur autorisé sur l’EPIS, pour l’ancienneté du système
- Loi du 7 mai 1999 sur les jeux de hasard
Relevé du 7 septembre 2026. Les modalités de demande et de radiation sont fixées par la Commission des jeux de hasard et peuvent évoluer ; en cas de doute, c’est elle qui fait foi.
